La réduction des risques et des dommages est-elle efficace et quelles sont ses limites en matière d’alcool ?

  • Henri-Jean Aubin
Mots-clés: Alcool, Réduction des risques et des dommages, Abstinence

Résumé

Bien que la philosophie et les principes de la réduction des risques et des dommages (RdRD) se soient initialement développés dans le domaine des drogues illicites, une bonne partie de ses principes, de ses objectifs et de ses techniques peuvent également s’appliquer aux problèmes d’alcool. Ainsi, la réduction des risques explore non seulement les moyens permettant de réduire la consommation dans les situations où l’abstinence est difficile à obtenir, mais inclut également une palette de mesures visant à prévenir ou réduire les dommages liés à l’alcool. Après plusieurs décennies de controverse, il est apparu que les résultats des traitements orientés vers la réduction de la consommation ont une taille d’effet comparable à ceux des traitements orientés vers l’abstinence. Le refus ou le sentiment d’incapacité à s’engager dans l’abstinence étant un obstacle majeur à l’engagement dans les soins, il faut espérer que la philosophie et les principes de la RdRD soient mieux adoptés par les professionnels de santé, qui ont longtemps été formés à une approche défendant l’impossibilité de suivre un patient dépendant de l’alcool dans une demande de contrôle ou de réduction de sa consommation. Les recommandations de bonne pratique sur le mésusage d’alcool de la Société française d’alcoologie, publiées en 2015, vont clairement dans le sens de la RdRD et devraient être largement diffusées chez les professionnels de santé. L’Organisation mondiale de la santé a proposé une stratégie globale visant à réduire les dommages liés à la consommation nocive d’alcool. Concernant les actions des services de santé, au-delà du changement de mentalité et de représentation des professionnels de santé, il faut sans doute renforcer considérablement le repérage et l’intervention auprès des femmes enceintes pour prévenir le syndrome d’alcoolisation fœtale, qu’il faudra plus systématiquement dépister et prendre en charge. Des progrès notables peuvent encore être faits concernant les domaines du marketing des boissons alcoolisées et de la politique de prix.

Publiée
2017-03-14
Comment citer
Aubin, H.-J. (2017). La réduction des risques et des dommages est-elle efficace et quelles sont ses limites en matière d’alcool ?. Alcoologie Et Addictologie, 39(1), 57-67. Consulté à l’adresse http://www.alcoologie-et-addictologie.fr/index.php/aa/article/view/657
Rubrique
Audition publique - RdRD liés aux conduites addictives